entre rome et paris, l’italie et la france
Écrivains-Journalistes
Alexandre Dumas
24 juillet 1802 (Villers-Cotterêts)
5 décembre 1870 (Dieppe)
Un géant de la littérature europénne, célèbre dans tout le monde pour ses romans-feuilletons historiques comme «Les Trois Mousquetaires» ou «Le Comte de Monte-Cristo».
Écrivain prolifique, il a également marqué le journalisme et l’édition en fondant ses propres journaux, tout en gérant une production littéraire.
Il s’est impliqué dans le journalisme politique, notamment en Italie avec «L’Indipendente» fondé à Naples en 1860 avec GIuseppe Garibaldi.
Les relations entre la presse et la littérature
Il existe une figure singulière dans le paysage intellectuel européen, une figure qui refuse de choisir entre l’urgence de l’actualité et la profondeur de la littérature : le journaliste-écrivain. Cet artisan du verbe, qui trempe sa plume aussi bien dans l’encre de la gazette que dans celle du roman, incarne une exigence rare, celle de porter un regard total sur le monde. Nous sommes tout à fait d’accord avec le professeur Paul Aron de l’Université libre de Bruxelles: «La séparation entre littérature et journalisme ne résiste guère aux faits, les frontières entre les sphères littéraire et médiatique s’estompent et cèdent la place à un continuum de pratiques difficilement séparables». Dans un paysage médiatique en pleine mutation, le Comité Européen des Journalistes réaffirme son engagement en faveur d’une tradition qui a forgé la conscience intellectuelle de notre continent.
De Victor Hugo à Émile Zola, ces esprits libres ont prouvé que le journalisme n’est pas seulement le brouillon de l’histoire, mais une école de vérité. Pour le journaliste-écrivain, le fait n’est que le point de départ d’une réflexion plus vaste. Là où le reporter observe, l’écrivain décrypte ; là où le journaliste témoigne, l’homme de lettres donne un sens universel au destin des hommes. Les relations entre presse et littérature ont été très bien à l’aise dans les societées des derniers siècles qui ont produit des grands écrivains-journalistes comme Camus, Kessel, Sand, Mauriac, Balzac et Dumas qui fondà en 1860 avec Garibaldi le journal « L’Indipendente » à Naples.
Bien que la distinction entre presse et littérature se soit accentuée au cours du siècle dernier, il nous semble aujourd’hui essentiel de réhabiliter le lien profond qui unit ces deux mondes. C’est pourquoi nous nous engageons fermement à promouvoir et à valoriser la figure du journaliste-écrivain, cet acteur intellectuel indispensable pour décrypter la complexité de notre époque. En cultivant cette exigence de la plume, nous ne défendons pas seulement une tradition, mais nous garantissons une information de qualité, ancrée dans la nuance et la réflexion nécessaire à notre contemporanéité
La Plume et l’ épée: Quand les Intellectuels se mesuraient sur le Terrain
Longtemps, en France et en Italie, la défense d’une idée ne se réglait pas à la télévision ou devant les tribunaux comme de nos jours, mais à la pointe de l’épée ou au canon du pistolet. À cette époque, le duel remplace le procès en diffamation. Pour un écrivain, refuser un duel signifiait la mort sociale et la fin de sa crédibilité intellectuelle. C’était l’ultime preuve que l’auteur était prêt à mourir pour ses mots.
Au XIXe siècle en France, la carrière d’un homme de lettres ne se jouait pas seulement dans les salons ou les librairies, mais aussi sur le terrain, à l’aube. Le duel n’était pas une bagarre sauvage, mais un rituel codifié avec une précision chirurgicale. Le respect des règles était ce qui distinguait un « homme d’honneur » d’un simple assassin.
Le Code Chatauvillard – publié en 1836 par Louis-Alfred Le Blanc Comte de Chatauvillard – est un manuel qui s’est imposé comme la référence absolue pour les journalistes et les écrivains du XIXe siècle. Son objectif principal était d’éviter les morts inutiles en transformant l’affrontement brutal en une cérémonie formelle et strictement codifiée. Selon sa règle d’or, c’est à l’offensé que revient le privilège de choisir les armes — qu’il s’agisse de l’épée, du pistolet ou du sabre. Cette approche permettait d’aboutir à une réparation où le duel s’arrêtait souvent « au premier sang » : dès qu’une blessure était constatée, l’honneur était considéré comme sauf, permettant ainsi aux intellectuels de défendre leur dignité sans pour autant risquer leur vie.
Comme l’a magistralement analysé l’historien Jean-Noël Jeannenay dans son ouvrage de référence Le Duel – Une passion française — que nous avons eu l’immense plaisir de présenter à Rome en mars 2016 — cette pratique n’était pas une simple barbarie, mais un rituel social complexe, une sorte de « tribunal d’honneur » indispensable à la vie intellectuelle. Dans son analyse, Jeannenay démontre que le duel était intrinsèquement lié à l’essor de la presse. À une époque où le journalisme est une profession de combat, l’insulte est fréquente. Mais pour l’écrivain de l’époque, l’honneur est un capital. Selon Jeannenay, le duel servait à « authentifier la parole » : celui qui écrit doit être prêt à risquer sa vie pour ses écrits.
Bien avant de devenir le patriarche des lettres, le jeune Victor Hugo était un homme de sang chaud. En 1821, pour défendre l’honneur d’une jeune femme, il provoque un garde du corps du roi. Bien que le duel n’ait finalement pas eu lieu — l’officier ayant été impressionné par la détermination du poète — cet épisode scella la réputation d’homme d’action de Hugo. Pour lui, l’écrivain n’était pas un être désincarné, mais un combattant engagé dans la cité.
Émile Zola détestait la violence. Cependant, face aux attaques virulentes liées à ses articles engagés, il fut contraint de « rendre raison ». Le duel le plus célèbre de son entourage reste celui de son ami et protégé Guy de Maupassant, mais Zola lui-même dut faire face à la menace physique pour défendre la vérité de son œuvre.
Alexandre Dumas, auteur des Trois Mousquetaires en 1832 défie Frédéric Gaillardet pour une affaire de droits d’auteur sur la pièce La Tour de Nesle. Le célèbre critique littéraire Charles-Augustin Sainte-Beuve affronte Paul-François Dubois sous une pluie battante. Sainte-Beuve refuse de lâcher son parapluie pendant le duel au pistolet, déclarant : « Je veux bien être tué, mais je ne veux pas être mouillé ! ». Quatre coups sont échangés sans aucun blessé…
Bien que perçu comme fragile, Marcel Proust n’hésitait pas à se battre. Il provoque le journaliste qui avait sous-entendu des calomnies sur sa vie privée dans Le Journal. Le duel a lieu au pistolet dans le bois de Meudon. Proust montre un sang-froid impressionnant. Personne n’est touché, mais Proust gagne le respect du milieu littéraire parisien. Alors qu’il est en poste diplomatique à Florence, le poète Alphonse Lamartine blesse l’honneur des Italiens dans ses vers. Le colonel Gabriele Pepe le défie. Lamartine est blessé au bras lors d’un duel à l’épée, mais cet événement renforce paradoxalement sa stature d’homme d’action.
En Italie, le duel revêt une dimension plus politique, souvent liée au Risorgimento puis aux tensions idéologiques. Giuseppe Ungaretti et Massimo Bontempelli s’affrontèrent au sabre en 1926 à cause d’une divergence littéraire, une scène digne d’un roman de cape et d’épée se déroulant dans le jardin de Luigi Pirandello. Le journalisme politique italien fut particulièrement vif : Benito Mussolini, alors directeur de journal, fut un duelliste redoutable, utilisant l’escrime pour imposer sa présence dans l’arène publique.
Lors de la présentation de son livre à Rome, Jeannenay a rappelé que si le duel a disparu, il nous laisse un héritage crucial : la responsabilité du journaliste face à sa propre parole. Aujourd’hui, l’épée a été remplacée par les joutes verbales et numériques, mais l’exigence d’honneur e de vérité demeure le socle de notre profession.
InitiativeS du CEJEE ORGANISéES à ROME
Salon des
Journalistes-Écrivains
,C’est au cœur de la Ville Éternelle que le Comité Européen des Journalistes a déployé le «Salone dei Giornalisti-Scrittori» cycle de rencontres qui a été conçu avec une mission claire : mettre en lumière et valoriser les figures contemporaines des journalistes-écrivains qui marquent aujourd’hui le paysage intellectuel européen. Une initiative qui s’affirme ainsi comme un laboratoire vivant, où la figure du journaliste-écrivain est célébrée non seulement comme un héritage, mais comme un acteur indispensable pour décrypter la complexité de notre époque. Ces échanges se sont déroulés dans la merveilleuse atmosphère de lieux historiques et suggestifs de Rome, où le prestige du cadre a sublimé la profondeur des débats. Cette immersion dans la beauté de la Ville Éternelle a offert un écrin idéal pour mettre en lumière le talent et l’engagement de nos invités. Nous avons ainsi eu l’honneur d’accueillir des plumes prestigieuses qui incarnent aujourd’hui l’excellence, le talent et l’engagement des journalistes-écrivains européen. Ci-dessous, en ordre alphabétique, les protagonistes de ces rencontres:
Christoph Barbier
Chroniqueur sur BFM TV il a été Directeur de l’hebdomadaire «L’Express»
Oliviero Beha
Journaliste d’enquête et écrivain engagé, il a marqué le paysage italien par son esprit critique et son indépendance intellectuelle
Patrick de Carolis
ancien journaliste et président de France Télévisions
Élu en 2020 il est actuellement le maire d’Arles
Gian Marco Chiocci
Directeur du TG1 et journaliste d’investigation chevronné, il a dirigé de grands titres avant de prendre la tête du premier JT italien
Jean-Noël Jeanneney
Historien, homme politique, producteur d’émissions de radio il a été Président de Radio France et de la Bibliothèque nationale de France
Gianluca Nicoletti
Auteur de télévision et animateur de radio
actuellement chroniquer sur «La Stampa»
Antonio Padellaro
Fondateur de journaux et célèbre éditorialiste italien,
il est une figure de référence du journalisme
politique et d’opinion
Daniela Ranieri
Plume satirique et éditorialiste à «Il Fatto Quotidiano» elle se distingue par ses portraits sans concession
Maarten van Aalderen
Correspondant néerlandais en Italie et ex-président de la Presse Étrangère, il analyse la culture italienne avec un regard européen expert
«
Salone dei Giornalisti-Scrittori
Les prochains invités
Fort du succès des précédentes éditions, le Comité Européen des Journalistes a le plaisir d’annoncer la poursuite de son cycle de rencontres au cœur de la capitale italienne. Le Salone dei giornalisti scrittori s’apprête à accueillir des nouvelles figures majeures des journalistes-écrivains:
Corrado Augias
Présentateur d’émissions de télévision
et chroniqueur à «La Repubblica»
Gilles Martin-Chauffier
Actuellement Redacteur en Chef à «Paris Match»
il est un écrivain primé à plusieurs reprises
Giordano Bruno Guerri
Historien et essayiste il a été Directeur de«Storia illustrata», «Chorus» et «L’indipendente»
Florence Noiville
Journaliste, critique littéraire et écrivaine
actuellement responsable de la littérature étrangère
AU JOURNAL «LE Monde des Livres»
