Grève des journalistes: dix ans sans convention collective et une profession en crise

Rome, le 28 mars 2026 – Le monde de l’information italienne s’est arrêté pour la deuxième fois en quelques mois. Les journalistes de tout le pays ont cessé le travail le vendredi 27 mars 2026, participant à la grève nationale convoquée par la Fédération nationale de la presse italienne (Fnsi) pour réclamer le renouvellement d’une convention collective arrivée à échéance le 1ᵉʳ avril 2016, il y a maintenant dix ans.

Il s’agissait de la deuxième journée de mobilisation après celle du 28 novembre 2025, dans un cycle de cinq jours de proteste : la prochaine est déjà prévue pour le 16 avril 2026.

Les raisons de la grève

Selon la Fnsi, la mobilisation découle de l’absence d’un renouvellement contractuel qui reconnaisse l’évolution du métier de journaliste et protège la profession contre la précarité, la surcharge de travail et l’érosion salariale due à l’inflation.

Dans son communiqué officiel, la Fédération a rappelé que le journalisme professionnel « n’est pas un privilège mais un droit constitutionnel », lié aux articles 21 et 36 de la Constitution italienne. « Sans droits ni protections, le journalisme meurt. Et avec lui, la démocratie », affirmait la note publiée dans les rédactions.

Les syndicats demandent notamment :

  • l’indexation des salaires sur l’inflation ;
  • la réglementation de l’usage de l’intelligence artificielle dans les rédactions ;
  • de nouvelles garanties pour les travailleurs précaires et indépendants ;
  • une révision des “forfaitisations sauvages”, accusées d’affaiblir les droits sociaux et professionnels.

Un secteur en difficulté : crise, numérisation et coupes budgétaires

Les revendications arrivent dans un contexte de profonde crise pour l’industrie des médias. La Fieg, Fédération italienne des éditeurs de journaux, souligne que depuis dix ans, les ventes de quotidiens ont diminué de moitié, passant de 2,5 millions d’exemplaires par jour à un peu plus d’un million. Les recettes ont chuté d’environ 50 % sur la même période.

Pourtant, les journalistes dénoncent le fait que les entreprises de presse auraient bénéficié, entre 2024 et 2026, de plus de 162 millions d’euros d’aides publiques sous forme de subventions et de départs anticipés, sans amélioration des conditions de travail. Les rédactions, de plus en plus réduites, voient leurs membres sommés de produire davantage de contenus pour plusieurs plateformes à un rythme toujours plus soutenu.

La position des éditeurs

La Fieg a répliqué en accusant les syndicats d’avoir « rompu les négociations dans une période de grande difficulté économique pour les entreprises de presse ». Les éditeurs affirment avoir investi leurs propres ressources pour moderniser leurs produits, maintenir les emplois et gérer la transition numérique. Ils jugent donc « injuste » le portrait d’un secteur qui ferait porter le poids de la crise sur les travailleurs.

Un signal pour la démocratie

Le jour de la grève, de nombreux sites d’information ont suspendu ou limité leurs mises à jour, tandis que certains titres – comme Il Post – ont choisi d’informer leurs lecteurs sur les raisons de la protestation sans interrompre totalement le service, estimant que leur mission constitue un “service public essentiel”.

De nombreuses associations, dont le mouvement international Uniti per Unire et l’Association des médecins d’origine étrangère en Italie (AMSI), ont qualifié la grève de question démocratique, soulignant que la qualité et l’indépendance de l’information constituent des biens publics à protéger.

Les prochaines étapes

La troisième journée de mobilisation est prévue pour le jeudi 16 avril 2026. La Fnsi a annoncé vouloir poursuivre le dialogue avec le gouvernement et la Fieg, en réclamant une intervention politique pour débloquer la négociation.

La grève du 27 mars a mis en lumière non seulement la fragilité d’une profession, mais aussi une évidence plus large : sans conditions de travail dignes, l’information libre risque de devenir un luxe. Et avec elle, une composante essentielle de la démocratie italienne.