Notre hommage et éternelle reconnaissance  au collegue journaliste italien devenus Président du Parlement européen

David Maria Sassoli

David Sassoli a été un fervent défenseur de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, s’engageant activement en tant que cofondateur en 2002 de l’association italienne « Articolo 21 »  qui tire son nom de l’article 21 de la Constitution italienne garantissant la liberté d’expression et de la presse.

L’engagement de David Sassoli a marqué sa carrière de journaliste et de politicien, plaçant la liberté de pensée et le pluralisme des médias au centre de sa vision politique.

Pour David Sassoli, la liberté de la presse n’était pas un privilège des journalistes, mais une condition essentielle à la liberté de l’ensemble de la société et à la démocratie. 

David Sassoli (1956 – 2022)

 

L’EUROPE DANS LE COEUR

«Nous devons avoir le courage de relancer notre projet d’intégration, nous devons faire évocluer notre Union»

Né à Florence le 30 mai 1956 il commence à travailler très jeune en tant que journaliste collaborant avec des petits journaux et agences de presse, puis il rejoint Rome pour travailler à la rédaction du journal « Il Tempo », l’agence de presse « Asca » et enfin à la rédaction romaine du journal « Il Giorno » où il s’est distingué pendant sept ans après les principaux événements politiques. 

Sa carrière dans les nouvelles télévisées a commencé en 1992 en tant que correspondant pour le « Tg3 ». Il a ensuite travaillé sur d’autres programmes d’information sur Rai Uno et Rai Due, pour entrer en 1999 dans la rédaction du « TG1 ». Au cours des dix  années suivantes son engagement s’est concentré sur la gestion des principales éditions de l’actualité. En 2007 il devient directeur adjoint du « TG1 » et responsable des programmes « TV7 » et « Speciale TG1».

Engagé dès son plus jeune âge dans les activités de diverses associations éducatives, comme les scouts et les mouvements de jeunesse catholiques, il a toujours encouragé une collaboration étroite entre ces derniers et les mouvements laïcs.

Lorsque le Parti démocrate (PD) est né en 2007, Sassoli a décidé de le rejoindre. Le 7 juin 2009, il a été élu député du Parlement européen dans la circonscription de l’Italie centrale. Au cours de la législature 2009-2014, il était chef de la délégation du Parti démocrate. En 2014, il s’est présenté aux élections européennes où il a été élu député européen du Parti démocrate avec plus de 200 000 préférences (60 000 rien qu’à Rome). Le 1er juillet de la même année, il a été élu vice-président du Parlement européen avec 393 voix, soit le deuxième plus voté dans la part du PD-PSE et occupant le poste de responsable de la politique méditerranéenne, du budget et de l’immobilier. En tant que membre de la Commission des transports et du tourisme, il a été rapporteur pour la réforme ferroviaire européenne (4°paquet ferroviaire) et le ciel unique européen.

Le 26 mai 2019, il a été élu Parlementaire européen pour la troisième fois avec 128.533 voix et à partir du 3 juillet 2019, il devien président du Parlement européen. 

Le Président Sassoli a adopté des mesures extraordinaires permettant au Parlement européen de remplir ses missions et d’exercer ses prérogatives prévues par les traités au cours de la pandémie. Il a également joué un rôle de premier plan dans la promotion d’un budget européen à long terme ambitieux et d’une facilité pour la relance efficace.

En outre, il a amené le Parlement à faire preuve de solidarité envers les moins fortunés lorsque la crise a éclaté, en menant des actions de soutien dans les villes hôtes du Parlement européen, notamment en fournissant des repas à des organisations caritatives et en hébergeant dans les locaux du Parlement des femmes victimes de violences.

Déterminé à tirer les leçons de la pandémie, le Président Sassoli a également lancé un exercice de réflexion de grande envergure avec les députés pour repenser et renforcer la démocratie parlementaire.

David Sassoli, est décédé le 11 Janvier 2022 à Aviano (Italie), où il était hospitalisé depuis le 26 décembre 2021.

En tant qu’Européen convaincu, le Président Sassoli avait souligné dans son discours au Conseil européen de décembre 2021, quelques semaines seulement avant de nous quitter, que ce dont l’Europe avait besoin, plus que tout, était d’un nouveau projet d’espérance: «Je pense que nous pouvons construire ce projet en se fondant sur une approche solide composée de trois volets: une Europe qui innove; une Europe qui protège; et une Europe qui éclaire».

Strasbourg 3 Julliet 2019 | Le discours d’investiture de David Sassoli après son élection à la présidence du Parlement européen: « L’Union européenne n’est pas un accident de l’histoire ». Sassoli a affirmé que l’Europe est le résultat de la volonté de peuples qui ont trouvé un remède au nationalisme destructeur, fondé sur la paix, la démocratie et la solidarité.

Rome 26 Février 2020 | La Lectio Magistralis  du président du Parlement européen, David Sassoli, à l’université LUISS Guido Carli à l’occasion de l’inauguration du master en journalisme et communication multimédia

Athènes 27 Mai 2021 – Le discours du prèsident David Sassoli à l’occasion des 40 ans d’adhèsion de la Grèce à l’Union européenne

LE PARLEMENT CONTRE LA COMMISSION

Un fait peu connu mais très important et courageux…

Un moment fort dans la volonté du Parlement européen de défendre les valeurs démocratiques face à l’exécutif européen

En octobre 2021, David Sassoli, alors président du Parlement européen, a formellement mandaté le service juridique du Parlement d’engager une action en justice contre la Commission européenne auprès de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).L’objet de la cause : Le recours concernait le non-respect par la Commission européenne du règlement sur le mécanisme de conditionnalité de l’état de droit. Ce mécanisme, en vigueur depuis le 1er janvier 2021, permet de suspendre les financements de l’UE aux États membres qui violent les principes de l’état de droit, ce que la Commission n’avait pas encore fait, notamment face à la Hongrie et la Pologne.

Le 29 octobre 2021, le Parlement européen a déposé ce « recours en carence » (failure to act) contre la Commission. David Sassoli a déclaré : «Nous attendons de la Commission européenne qu’elle agisse de manière cohérente […] Les mots doivent se transformer en actes». Il soulignait que le non-respect des règles de l’état de droit par certains États membres devait être sanctionné.

SON DERNIER DISCOURS FACE AU CONSEIL EUROPÉEN

L’Europe doit être loyale envers ses citoyens

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais profiter de ce discours pour partager mon sentiment et celui du Parlement au sujet des défis qui nous attendent pour la fin de la mandature, alors que nous nous trouvons tous au milieu du gué, que nous avons fait tant de choses déjà, mais surtout que tant de nouveaux défis sont encore devant nous.

La pandémie peine à se terminer, et cette fin sans cesse repoussée retarde d’autant les progrès dont l’Union a besoin, à savoir un projet européen d’espoir qu’attendent tous nos concitoyens européens. Bien sûr, nous avons des projets ambitieux pour notre Europe, ils sont sur la table depuis le début de cette mandature, et nous les poursuivons opiniâtrement, en faisant bouger les lignes, en trouvant le consensus entre nous, bref en avançant par-delà nos différences. Bien sûr, le pacte vert, la transition numérique, une Europe plus forte et plus démocratique, plus de justice sociale; il s’agit là de projets forts et indispensables, que l’Europe porte, et nous devons les mener à bien par loyauté vis-à-vis de nos concitoyens.

Mais l’Europe a aussi et surtout besoin d’un nouveau projet d’espérance, un projet qui nous rassemble tous, un projet qui puisse incarner notre Union, nos valeurs et notre civilisation, un projet qui s’impose aux yeux de tous les Européens par son évidence et qui nous permette de nous réunir.

Ce projet, il me semble que nous pouvons le bâtir autour de trois axes forts, un triple désir d’Europe unanimement partagé par tous les Européens: celui d’une Europe qui innove, d’une Europe qui protège, et d’une Europe qui guide et illumine, à l’image d’un phare.

Une Europe qui innove d’abord.

Le sens de l’innovation dont il est question ne couvre pas seulement l’innovation technologique, si nécessaire à notre économie. C’est d’innovation dans tous les domaines dont nous avons besoin, d’un sens renouvelé de créativité, pour nos institutions, pour nos politiques, pour nos manières d’agir et même pour nos modes de vie, puisque c’est ce à quoi nous appelle la transition écologique.

La conférence sur l’avenir de l’Europe doit nous aider à trouver les voies d’innovation qui permettront de recréer le sens d’un projet dans lequel tous les Européens se reconnaissent. Comme vous le savez, cette conférence bat son plein en ce moment; il sera bientôt temps de tirer les premières conclusions. Je le dis avec force: nous ne pourrons pas nous démettre devant nos responsabilités, lorsque viendra le temps de passer des paroles aux actes, des vœux aux projets, des idées aux traductions concrètes.

Il faudra innover dans tous les domaines!

Sur le plan institutionnel, il va sans dire que notre Union est imparfaite; elle est en perpétuelle évolution. Le Parlement porte depuis longtemps une proposition concrète pour rendre nos institutions plus démocratiques, plus fortes et plus innovantes, grâce au droit d’initiative législative.

Il faudra innover dans le domaine de notre législation. Notre Union doit être la première à instaurer des normes dans des domaines qui attirent aujourd’hui l’attention du monde entier, en particulier la réglementation des nouveaux secteurs de l’économie, aujourd’hui de véritables jungles législatives. Nous l’avons fait pour la protection des données personnelles, et le monde entier suit désormais notre exemple. Nous allons le faire, et il est grand temps, pour les marchés numériques, afin que les géants du numérique ne légifèrent pas à la place du peuple.

Il faudra aussi innover dans nos financements. Pour financer nos politiques et notre action, il faudra là aussi ne pas avoir peur du changement, et ne pas trembler devant les innovations. Je voudrais encore une fois rappeler que le Parlement et les citoyens européens attendent impatiemment la publication du paquet ressources propres, qui doit permettre à l’Union de compléter sa dotation financière de manière durable et de rembourser la dette contractée en commun! C’est une question de crédibilité et de fidélité à la parole donnée. Et ces innovations ne nous exonéreront pas nous plus de mettre notre cadre financier en cohérence avec les défis de notre siècle, en réformant de manière réaliste le pacte de stabilité et de croissance. Nous ne pouvons plus enfermer notre avenir ni celui de nos enfants dans une règle de 3 %.

Une Europe qui protège, ensuite.

Il faut restaurer l’idée que l’Europe nous protège, que l’Europe protège ses citoyens, agit pour leur sécurité, pour le bien commun et la souveraineté de chacun de ses États membres. Nous l’avons fait avec notre politique commune en matière de vaccins: nous avons su montrer avec détermination que l’Europe peut faire face aux crises les plus graves pour protéger les Européens. Nous devons poursuivre notre effort sur l’Europe de la santé, et renforcer notre architecture de santé au niveau mondial pour offrir plus de prévention, de protection, et de préparation face aux crises. Je salue la décision de l’Assemblée mondiale de la Santé d’ouvrir des négociations sur un instrument contraignant pour lutter contre les pandémies.

Protéger les Européens, c’est être mieux préparés à répondre à toutes les crises futures, qu’elles soient sanitaires, naturelles, commerciales, diplomatiques ou militaires;

Cela commence donc par le renforcement de notre politique de défense et de sécurité commune, pour pouvoir intervenir ensemble plus vite et plus fort, lorsque nos intérêts sont menacés. Je sais que ce thème sera l’un des aspects majeurs de la prochaine présidence française, et c’est une bonne chose.

Protéger les Européens, c’est aussi savoir renforcer résolument l’intégration de nos politiques de gestion de la migration et des frontières extérieures. J’ai souvent évoqué la question de la migration et de l’asile dans mes interventions: il n’est un secret pour personne que la migration est devenue un sujet clé dans les relations extérieures de l’Union et dans nos programmes de politique étrangère. Le Parlement travaille déjà à améliorer les propositions de la Commission relatives au pacte européen sur les migrations et l’asile, fondées sur un nouveau pacte de solidarité et de responsabilité. Le Conseil fera sa part, et nous devons désormais trouver un accord de manière urgente, sans quoi le populisme et les solutions de court-terme l’emporteront dans ce dossier. Les récents événements à la frontière biélorusse ont clairement montré la nécessité d’une action résolue et solidaire dans ce domaine crucial.

Protéger les Européens, c’est faire en sorte que chacun d’entre eux puisse vivre dignement de son travail, avec des salaires minimums décents et justes. Une fois de plus, nous appelons à un compromis ambitieux sur cette question. Je salue également la proposition de la Commission sur les travailleurs de plateformes, qui doit nous conduire à restaurer une protection sociale pour des millions de travailleurs européens.

Protéger les Européens, cela veut aussi dire rétablir un équilibre lorsque les relations commerciales sont inégales, lorsque des pays nous menacent par leurs investissements ou des mesures de coercition.

Protéger les Européens, c’est enfin savoir trouver des réponses techniques et économiques efficaces en cas de crise énergétique. Aucun citoyen européen ne devrait être laissé en proie à la pauvreté énergétique, même lorsqu’une crise internationale perturbe les marchés mondiaux: c’est aussi dans ce genre d’épisodes critiques qu’il revient à l’Union de trouver des solutions audacieuses pour garantir la sécurité de tous les Européens.

Une Europe qui guide et illumine grâce à son modèle démocratique, enfin.

Nous entendons depuis plusieurs années parler de résilience. L’Europe doit devenir résiliente aux chocs économiques, aux conflits à ses frontières, à la crise écologique, aux crises sociales… Bien sûr, nous devons surmonter ces crises et relever ces défis, mais la résilience est-elle vraiment le seul objectif de notre action? Se fixer la résilience pour but, c’est déjà d’une certaine manière s’avouer battu, se désigner comme une victime, un être vulnérable.

Plus que la résilience, l’Europe doit donc retrouver la fierté de son modèle démocratique. Nous devons souhaiter avec ardeur que ce modèle de démocratie, de liberté et de prospérité rayonne, qu’il attire, qu’il fasse rêver, non seulement nos propres concitoyens européens, mais également au-delà de nos frontières.

Faire briller notre modèle démocratique, c’est montrer qu’il est capable de réussir, capable d’efficacité dans ses politiques publiques, capable d’obtenir des résultats forts au prix d’une détermination sans faille.

Ainsi, je forme le vœu que le 9 mai prochain, date de la journée de l’Europe, soit l’occasion d’une manifestation commune, forte et unitaire, qui témoigne de notre attachement commun au projet européen, et aux valeurs et à la civilisation qu’il véhicule.

Mesdames et Messieurs,

Vous l’aurez compris, mon propos d’aujourd’hui n’est pas seulement limité aux quelques thèmes d’actualité du moment. Il me semblait important de profiter de ce discours pour attirer l’attention de tous sur les oublis du projet.

«Innover, protéger, rayonner», telles sont mes trois propositions pour mener la rénovation de notre projet européen. Cher Emmanuel, lors de mon passage à Paris jeudi dernier, j’ai bien pris note de la devise choisie par la France pour sa présidence du Conseil de l’Union: «Relance, puissance, appartenance». Je remarque que ce choix est tout à fait concordant avec celui j’évoquais:

– parce qu’il ne peut pas y avoir de relance sans innovation, – parce que la puissance que nous voulons pour notre Union doit servir à affirmer notre vision du monde, et donc à protéger les Européens;

– parce que les Européens ne se sentiront appartenir à l’Europe que si son modèle politique rayonne et attire.

Je suis donc heureux que ces différentes visions d’avenir se rejoignent. Charge à nous désormais de traduire ces visions en actes, pour que l’Europe tienne son rang et ses promesses, au service de tous les Européens.

Merci et bon travail!

 

ROME 12 JANVIER 2016 |  Quatre ans après la disparition de David Sassoli, son héritage politique et institutionnel était au cœur de la conférence « Quelles réformes pour une Europe plus libre et plus solidaire ? », organisée à Rome à l’espace Esperienza Europa – David Sassoli. Cet événement a tissé des liens entre passé et présent, proposant une réflexion sur les fractures du contexte géopolitique actuel et les défis auxquels l’Union européenne est confrontée.